Si vous nous suivez, c’est que vous êtes certainement confrontés à des difficultés dans une ou plusieurs matières, dans plusieurs ou que vous vous retrouvez en situation de décrochage scolaire. Que ce soit en tant qu’élève ou parent, cette situation est toujours source de stress, de souffrance, de conflits, mais surtout d’enlisement dans une situation qui semble vouée à l’échec.

Philippe Meirieu a expliqué lors de la première journée du refus de l’échec scolaire :

« Il faut  lutter contre l’échec scolaire et le gâchis qu’il représente : gâchis psychologique pour des enfants qui se voient assignés à la « nullité » et risquent de basculer dans la violence… gâchis social de ces élèves coagulés dans des groupes fusionnels où le rejet de l’école et de la pensée critique fait fonction d’identité… gâchis économique de ces orientations trop prévisibles dans des emplois sans perspective qui ne contribuent pas à faire augmenter la richesse nationale… gâchis politique qui condamne les générations futures à remédier sans fin à ce qu’on n’aura pas su prévenir… »

On peut parler d’échec scolaire lorsque l’élève se trouve face à l’incapacité de réussir. Ce n’est pas une mauvaise note ramenée de temps en temps. Il faut comprendre que l’échec scolaire est quelque chose qui atteint l’élève dans sa personnalité même et qui le conditionne. Il se trouve et surtout se croit incapable de réussir dans une ou plusieurs matières ce qui entraîne indéniablement une perte de confiance en soi. Ces échecs répétés anéantissent tout désir d’apprendre et toute estime de soi.

Sommes-nous condamnés à l’impuissance ? Je ne le crois pas. Il n’y a pas de fatalité. Tout élève a des ressources en lui, peut apprendre et comprendre.

que faire?

Il s’agit tout d’abord de changer le point de vue que nous avons sur l’enfant et que ce dernier change le regard qu’il a sur lui même. Je pense que c’est le travail le plus difficile. Il ne sert à rien de dire à un enfant : « prends confiance » , « tu peux mieux faire », « tu es capable ». Si, lui, n’en a pas conscience, rien ne changera. Il va falloir dépasser ce cercle vicieux dans lequel s’est enfermé ce type d’élève:

LES CROYANCES : je suis nul

LES PENSEES : ce n’est pas la peine d’essayer

EMOTIONS : tristesse, découragement, déception face à soi même

COMPORTEMENT : évitement, auto-sabotage, comportement inapproprié en classe, je fais le clown

ce qui renforce LES CROYANCES: je suis donc nul (etc….)

C’est ce qu’on appelle l’effet Rosenthal, prophétie auto réalisatrice « on interprète selon ce que l’on veut voir, selon ce que l’on croit » : je suis sûr d’échouer et j’échoue.

Cet effet se retrouve aussi confronté à une autre croyance connue sous le nom de  la loi de Murphy « les embêtements se renforcent au fil du temps »

 Le petit exemple qui suit permet de bien comprendre ce  qui se passe dans la tête de ce type d’élèves.

Julien s’est couché tard. Il dort comme une bûche et n’entend pas le bip-bip de sa montre-réveil. Lorsqu’ enfin il se réveille, une heure plus tard, il est déjà bien en retard. Pas question de faire sa toilette et encore moins de déjeuner. Il s’habille en vitesse, ne trouve pas un soulier. Il enfile donc ses bottes malgré le soleil et le temps doux. En ramassant un travail non terminé sur la table de la cuisine, il s’aperçoit qu’il a encore oublié de faire signer par son père, un formulaire qui aurait dû l’être depuis plus d’une semaine. Mais son père dort et Julien n’ose pas le réveiller. Il enfonce ses choses dans son sac et se précipite dehors. Zut! Il a oublié sa clé. Il court jusqu’à la maison, la ramasse et repart. Mais Julien n’est pas au bout de ses peines : il réalise que sa carte d’autobus est expirée. Pendant qu’il achète des billets au dépanneur, l’autobus lui file sous le nez. Le prochain arrive au bout de dix longues minutes. Tout au long du trajet, notre brave Julien rumine de sombres pensées. Pas de doute, il n’est pas chanceux! Les pires malheurs lui tombent immanquablement sur la tête! Mais tout ça, c’est la faute à l’école; il n’aime pas l’école! Il en a pardessus la tête. Encore ce matin, il sera en retard, il remettra un travail mal fait, et ce sacré formulaire qui n’est toujours pas signé! Ce qu’il va attraper comme discours! Pauvre Julien! Bien sûr, ses mésaventures vont lui permettre de faire des blagues, de faire rire les copains, il va dire qu’il se fout des profs et de l’école, mais, au-dedans de lui, il se sent très fatigué.

Référence : Extrait de : Apprendre, ça s’apprend ! Monique Doyon et Jean Archamba

En lisant cette petite mise en situation, on comprend que l’échec scolaire a une source qui dépasse souvent le cadre scolaire. Il commence chez l’élève, dans sa manière de vivre, de s’organiser, dans la relation qu’il a avec les autres et dans sa confiance en lui. Dans le cas de Julien, rien n’est fait pour qu’il aborde sa journée d’école dans la sérénité. Il ne peut pas être disponible pour un travail de qualité car il est beaucoup trop préoccupé par ce qui est périphérique à l’école.   S’il n’est pas organisé, s’il cherche sa place, s’il est en conflit chez lui avec ses parents, ses amis, il se peut que l’école ne soit pas une priorité et ne soit qu’une épreuve de plus.

On ne peut donc pas aider un élève à réussir sans prendre en compte ce dernier dans sa globalité. C’est d’abord un enfant, un adolescent avant d’être un élève. L’aider en tant qu’individu, le faire sortir de ce cercle vicieux, lui faire comprendre qu’on le «considère » est déjà une première étape pour le faire sortir de cet engrenage.

Pour reprendre confiance, il faut qu’il comprenne que c’est son travail qui est noté et non lui ! C’est son devoir qui  n’a pas été réussi, ce n’est pas lui qui est nul ! Il n’a pas eu une bonne note car il n’a pas compris ou n’a pas trouvé la méthode qui lui convient.

Il faut ensuite que le jeune prenne conscience qu’il est intelligent. Il faut lui montrer qu’il apprend juste différemment et l’aider à se découvrir, le faire sortir du cadre dans lequel il s’est enfermé.

changer son état d’esprit

« sortez du rôle de victime » : « c’est la faute du prof : il explique mal », »cette école est nulle », « le prof, il peut pas me voir ! », « je n’ai pas eu le cours », « je n’ai pas eu assez de temps pour réviser ». Avec cette attitude, l’élève évite de prendre les responsabilités de ses actes ou de ses choix. C’est sécurisant car « ce n’est pas de ma faute », mais l’élève remet « sa scolarité » entre les mains de quelqu’un d’autre et reste complètement passif face à une situation qu’il ne veut pas vraiment dépasser. Échouer est parfois plus simple car réussir fait peur : « et si je réussissais ? Cela voudrait dire que je suis capable » et cela crée inconsciemment une grande pression.

« découvrez vos talents »: Il faut lui montrer qu’il y a des domaines dans lesquels il réussit : sport, aider un ami en difficulté, prendre la parole en famille, les jeux vidéos, la musique, le dessin . Quelle difficulté est-il déjà parvenu à dépasser en dehors de l’école ? Qu’a-t-il mis en œuvre pour y parvenir ?

« Entourez-vous de personnes positives ». Il est important qu’un élève en difficulté puisse parler, qu’il ne sente pas juger. Il doit s’entourer de gens positifs (amis, famille et profs). Côtoyer des ami(e)s qui réussissent et croient en vous, aide énormément à retrouver sa motivation et sa confiance.

« Identifiez ses erreurs ». Ai-je assez travaillé ? Ai-je compris ce que j’ai appris ? Est-ce que j’ai compris ce qu’on me demandait ? Ai-je utilisé la bonne méthode ? S’il connait ses points faibles, il sera plus facile d’y faire face.

« Donnez-vous de petits objectifs » : si un élève décide d’avoir 18 /20 dans toutes les matières tout de suite, il va se décourager. Si cela fait des années qu’il utilise des méthodes qui ne lui conviennent pas, il lui faudra du temps avant d’en mettre d’autres en place. Ce serait intéressant qu’il se concentre sur une matière, et qu’il essaie de progresser sur certains points, par exemple, le vocabulaire en langue. Il serait pertinant d’en parler avec le professeur concerné ou le professeur principal afin qu’il l’aide sur le point choisi.

«  Célébrez vos réussites« . C’est très important pour qu’elles soient intégrées. Inconsciemment, votre cerveau donnera ainsi une plus grande importance à vos réussites qu’à vos échecs.

Une fois que l’élève a repris confiance en lui, il est alors beaucoup plus facile de découvrir de nouvelles méthodes de travail et de trouver celle qui lui convient le mieux. 50% de la réussite est avant tout une histoire de confiance en soi car l’élève va alors investir ses études et retrouver du plaisir à apprendre.

Pour construire cet article, je me suis appuyée sur différents ouvrages notamment sur celui d’André Giordan et Jérome Salté, apprendre à apprendre